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    Pr Beckouche : « La Tunisie pourrait être le laboratoire d’une première adhésion d’un pays arabe à l’UE ! »
     
   

Dans cette Tribune Libre, Pierre Beckouche, Professeur agrégé de géographie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et Conseiller scientifique de l’IPEMED, prend la mesure du formidable « tunisami » qui déferle sur la rive sud méditerranéenne, et sur les conséquences radicales que cela entraîne(ra) dans les relations euroméditerranéennes. Et à tel point qu’une adhésion de la Tunisie à l’Union européenne apparaît d’ores et déjà un hypothèse pertinente, même si elle n’est pas encore plausible. Une pertinence dont le Pr Pierre Beckouche nous apporte ici la démonstration…


Tribune Libre
par Pierre BECKOUCHE
Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Conseiller scientifique à IPEMED

Titre original :
La Tunisie et la nouvelle donne arabe : quelle réponse européenne ?

Le point de vue exprimé ici est que la révolution en cours en Tunisie et en Égypte renouvelle entièrement les termes de l’intégration euroméditerranéenne. L’ampleur potentielle du changement qui a commencé en Tunisie est telle, que l’approche européenne doit changer. C’est bien une transition qui s’est enclenchée en Tunisie, de nature comparable à ce qui s’était passé il y a quelques décennies dans d’autres pays de la région : Espagne, Portugal, Grèce, Peco. Et donc on risquerait de passer à côté de l’événement si on ne posait pas d’abord la question qui s’impose : celle de l’adhésion de la Tunisie à l’UE. Poser la question n’implique pas d’y répondre positivement ; mais ne pas la poser c’est à coup sûr s’interdire de considérer toutes les options ouvertes par ce moment historique. [1]

1. La révolution en Tunisie est une transition
comme l’Espagne, le Portugal ou les Peco en ont connu

Le mot-clé des événements en cours en Tunisie est « transition », au sens de la triple transition politique, économique et sociale.
Politique : c’est la remise en cause de la confiscation du pouvoir et de la sous mobilisation des acteurs de la société civile, du dévoiement de l’État en tant qu’instance ordonnatrice de l’intérêt général, et le passage à la démocratie.
Économique : c’est la remise en cause de l’opacité des marchés, de la distribution des prébendes aux amis du pouvoir et de la perpétuation du rôle central des secteurs de rente dans l’économie politique nationale.
Sociale : c’est les chances nouvelles d’une redistribution plus juste de la richesse créée par une gouvernance améliorée.

Beaucoup de pays de la « région européenne » ont connu une telle transition dans les dernières décennies. Ce processus n’est certainement pas réservé à cette partie du monde : plusieurs des pays d’Asie orientale et d’Amérique latine ont eux aussi connu ce passage à un leadership assuré non plus par les tenants des secteurs de rente mais pas des représentants de l’économie concurrentielle, promouvant une libéralisation économique et politique plus ou moins poussée selon les pays. Mais c’est sans doute la région européenne qui constitue le plus grand laboratoire des transitions modernes, pour deux raisons : (i) l’importance du nombre de pays venus du « camp socialiste », (ii) l’effet de levier politique que jouait la conditionnalité de l’adhésion à l’UE.

On a coutume de dire que l’impuissance politique et militaire de l’Europe signerait son impuissance à peser sur les enjeux du monde. Un tel jugement sous-estime pourtant ce qu’on pourrait appeler la « puissance normative » de l’Europe, et son effet sur la transformation, au moins, des pays de son voisinage (même si ce sont d’abord les conditions politiques internes au camp socialiste qui ont expliqué les changements de régime). À chaque fois que des pays européens se sont libérés des dictatures, l’Europe a su apporter une réponse ambitieuse : la pré-adhésion et l’adhésion, qui furent des leviers considérables pour l’évolution de tous ces pays.

Jusqu’à récemment, la région qui comporte l’Europe occidentale, l’Europe centrale et orientale et les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (Psem), était caractérisée par un contraste entre une Europe occidentale ayant opéré sa transition vers la « démocratie de marché » depuis deux siècles, et des « périphéries » socialistes ou arabes qui en restaient exclues.
La transition des pays de l’Est s’est mise en marche voici vingt ans, celle des Psem a (sans doute) commencé depuis trente jours. Si elle parvient à son terme en Tunisie, les conditions pour une réelle intégration régionale vont être accrues. C’est d’une grande portée pour cette région, si elle entend tenir son rang face à l’intégration de l’Asie orientale et à celle de l’Amérique.

La (puissante) modernisation turque mise à part, la transition au Sud de la Méditerranée ne se réduit pas à la révolution tunisienne : par exemple la modernisation économique du Maroc s’est enclenchée depuis dix ans, l’investissement dans la formation a élevé le niveau de qualification des jeunes actifs de tous les Psem, dans la majorité de ces pays les dernières années semblent montrer une certaine dévaluation des solutions extrémistes (y compris au sein des partis islamiques), enfin les accords d’association et les plans d’action de voisinage avec l’UE ont accéléré la marche vers l’État de droit des pays qui les ont signés. Mais la transition reste dans l’ensemble parcellaire, et hormis l’Égypte, on peut penser que les chances d’une contagion politique positive depuis la Tunisie dans l’ensemble des Psem restent limitées. Le chemin restera sans doute long pour sortir la région de son hémiplégie politique.

2. La question directrice est l’adhésion de la Tunisie à l’Union européenne

Pour autant, et si elle confirme son entrée dans le cercle des pays démocratiques, la Tunisie devient un candidat potentiel à l’adhésion à l’Union européenne : les critères de Copenhague ne sont plus hors de portée ; la Tunisie est un pays aussi « européen » et même plus européen que bien des pays de l’UE eux-mêmes au regard de sa géographie économique (elle fait les trois-quarts de ses échanges commerciaux avec l’Europe) ; elle partage avec les pays européens un grand nombre de fondements historiques, de traditions culturelles, de normes, et d’hommes (nombre de binationaux, importance de la diaspora, multiplication des modes de vie à cheval sur les deux rives, etc.).

En sorte que l’UE peut remercier la Tunisie de lui offrir une opportunité exceptionnelle :

- la Tunisie est un pays petit et aux écarts internes de richesse limités (rien à voir avec la dimension des fonds structurels qui devront être consacrés à la Turquie si elle entre dans l’UE) ;

- le PIB par habitant est du même ordre de grandeur que celui de la Turquie, pays candidat ;

- la stabilisation macroéconomique est avérée, signe que le pays a su tirer parti des contraintes positives contenues dans l’accord d’association avec l’UE, ce qui laisse penser que la perspective d’une adhésion permettrait d’accélérer les réformes ;

- l’administration publique est solide, la cohésion nationale semble forte, le niveau de qualification moyen est élevé et étendu à une large classe moyenne, résultat de la vision d’Habib Bourguiba dans les années 1960.

La Tunisie pourrait donc, à bon droit, être le laboratoire d’une première adhésion d’un pays arabe à l’UE.

Les avantages pour l’Europe seraient nombreux :

- démontrer qu’il n’y a aucun ostracisme vis-à-vis des pays du Sud et/ou musulmans ;

- affirmer la vision stratégique d’une région fondée sur la complémentarité économique et la proximité géographique – que l’UE a affirmée en soutenant le lancement de l’Union pour la Méditerranée ;

- prendre la mesure de la formidable concurrence qui se joue entre les trois grandes régions mondiales et qui pour le moment tourne à l’avantage de la région américaine et surtout est asiatique, deux régions qui ont su valoriser la complémentarité économique entre pays développés et pays émergents ;

- faire la démonstration que de nouvelles relations Nord-Sud sont possibles à l’échelle régionale, et d’une manière plus solidaire, plus durable et mieux régulée qu’en Amérique ou en Asie ;

- servir de stimulant à la transition des autres pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Il faut rappeler que seule l’adhésion représente des concours financiers (subventions et prêts) significatifs : 23 € par habitant pour le Voisinage méditerranéen (hors Palestine), deux fois plus pour le Voisinage oriental, huit fois plus pour l’ex-Yougoslavie (en adhésion actuelle ou potentielle) et onze fois plus pour les Peco membres de l’UE (260 € par habitant).

La question de l’adhésion de la Tunisie à l’UE se pose donc. L’éviter reviendrait à cantonner le voisinage méditerranéen dans une deuxième division, alors que le voisinage oriental aurait vocation à devenir membre à long terme. Que la réponse à cette question se révèle (vraisemblablement) négative est une autre chose. Car si l’on veut placer l’enjeu des relations entre l’UE et la Tunisie au niveau historique auquel la révolution du jasmin l’a situé, il ne faut pas éluder cette éventualité.

Tous les a priori qui pourraient servir de pseudo évidence pour l’éviter (« l’Europe s’arrête à l’Europe », « la Tunisie est en Afrique » – l’essentiel du territoire turc n’est-il pas, en toute rigueur, en Asie ?, « la Tunisie appartient au monde arabe », « le monde chrétien n’est pas le monde musulman »…) sont des géographismes de circonstance qui ne permettent pas de comprendre qu’une géoéconomie absolument nouvelle prend naissance dans la globalisation à travers les régions Nord-Sud.

Les Tunisiens nous l’ont montré : l’heure est à l’audace, à l’innovation et à la prospective ; elle n’est surtout pas au repli sur des délimitations continentales qui renvoient au mieux au découpage géologique de la science du XIXe siècle, au vrai à la conception de l’antiquité grecque qui séparait le monde en fonction des mers ou des bras de mer (Méditerranée, Marmara, Mer rouge), et au pire à la segmentation religieuse de Samuel Huntington. À l’heure où la mobilité des hommes, des marchandises et des informations (et des missiles) dessine les territoires modernes, s’en tenir aux bras de mer des marins grecs nous donnerait deux mille cinq cents ans de retard sur Facebook…

3. Les réponses possibles des Tunisiens et des Européens

Compte tenu des enjeux géopolitiques du monde arabo-musulman et de ses relations avec l’Europe occidentale, on peut estimer que ce qui s’est passé dans la petite Tunisie peut, à terme, avoir un impact aussi important que la chute du mur de Berlin, y compris sur la configuration de l’Union européenne. En particulier, la perspective de l’entrée d’un pays comme la Tunisie pourrait réactiver l’idée des cercles concentriques et l’accélération du fédéralisme des pays du « cœur » de l’UE. Tous les pays européens n’ont jamais avancé au même rythme, ils ne sont pas tous dans Schengen ni dans la monnaie unique ; on peut donc relancer l’idée d’une Union européenne à géométrie variable qui relancerait la dynamique européenne par le haut.

Les Tunisiens pourront eux-mêmes répondre qu’ils ne souhaitent pas entrer dans l’Union européenne. Les Européens, ou certains États européens, pourront répondre qu’ils ne souhaitent pas l’entrée de la Tunisie. Alors, seulement, on pourra envisager, ensemble, d’autres solutions, qui seront d’autant plus crédibles que l’option de l’adhésion aura été clairement posée comme un horizon possible :

- la suppression des visas avec la Tunisie, à commencer par l’immédiate libre circulation de tous les étudiants, enseignants, chercheurs, artistes et toute les personnes participant à des réseaux professionnels travaillant entre la Tunisie et l’Europe ;

- des outils de financement pour les investissements à long terme dans les infrastructures, l’eau, l’assainissement et la transition énergétique ;

- le Statut avancé, non pas généraliste et potentiel mais appliqué à quelques politiques qui deviendraient vraiment communes, à commencer par l’agriculture et le développement rural – n’oublions pas que la révolution avait commencé, il y a quelques années, par des révoltes de la faim, et que la situation agroalimentaire des pays du Maghreb, y compris la Tunisie, reste très tendue à moyen-long terme ;

- un plan Marshall d’une dizaine de milliards d’euros qui conjuguerait l’effort budgétaire de la BEI, de l’AFD, de la KFW et d’autres bailleurs européens ainsi que de la Banque africaine de développement. Depuis le lancement de l’IEVP en 2007, l’Union européenne et les pays membres ont, en matière d’attribution des subventions et des prêts bonifiés aux pays du voisinage, choisi de donner la préférence à ceux qui moderniseraient leur gouvernance. Jusqu’à présent, c’est le voisinage oriental qui en a tiré parti ; le coup d’éclat des Tunisiens commande un effort financier européen à la hauteur de l’événement. Et cet effort ne serait pas démesuré : sur cinq ans, ces dix milliards deviennent deux milliards par an soit encore 200 € par habitant – loin de ce dont les Peco bénéficient aujourd’hui ;

- des avancées dans l’intégration financière, depuis la facilitation de mouvements de capitaux sécurisés entre l’Europe et la Tunisie, jusqu’au remboursement des malades européens qui vont se faire soigner en Tunisie (au même titre que tous les malades européens sont remboursés quel que soit le pays de l’UE) et vice-versa.

4. Et l’UpM ?

Ces perspectives condamnent-elles l’UpM ? Au contraire :

- si l’option de l’entrée de la Tunisie dans l’UE devait être retenue, cela renforcerait l’idée d’intégration régionale euroméditerranéenne ; durant le long processus d’adhésion, la dynamique tunisienne « boosterait » l’UpM ;

- si la perspective de l’entrée de la Tunisie dans l’UE devait ne pas être retenue, l’Union pour la Méditerranée apparaîtrait comme le cadre d’une action spécifique ambitieuse avec la Tunisie, conformément à la géométrie variable en vigueur dans l’UpM. Le plan Marshall évoqué pourrait en être une des actions éminentes. Les innovations lancées avec la Tunisie (sur la libre circulation, sur les outils financiers pour l’investissement à long terme etc.) serviraient de prototypes pour une généralisation progressive dans les autres Psem.

Pour ne pas provoquer de rupture au sein de l’UpM entre les pays bénéficiant du statut avancé ou d’une action spécifique comme le plan Marshall tunisien, et les autres Psem, ces derniers pourraient bénéficier de quelques grandes politiques communes : énergie, agriculture, eau…, qui approfondiraient les relations avec l’Europe (convergence des normes, ouverture régulée des marchés, partage de la valeur), et favoriseraient leur chemin vers la transition.

La création d’une institution financière dédiée à la Méditerranée permettrait de financer la diversité de ces actions, du Maroc à la Tunisie et aux Psem les moins avancés dans la transition, à des niveaux d’implication variés, selon les projets et les politiques promus par les différents pays. Compte tenu des circonstances exceptionnelles, le lancement de cette banque régionale de développement, si longtemps retardé, devient une urgence.

Pour enclencher vraiment son intégration économique et faire face à ce qui s’est mis en place en Asie orientale depuis les années 1960 et entre les États-Unis et le Mexique depuis les années 1990, la région euroméditerranéenne manquait d’une vision ambitieuse, d’outils communs pour le développement, et d’une détermination politique. La vision ambitieuse existe depuis 2008 : c’est l’UpM ; l’outil commun est au milieu du gué : c’est la banque régionale de développement. Quant à la détermination, les Tunisiens puis les Egyptiens viennent de proclamer leur volonté d’entrer dans la modernité politique et économique – la balle est donc dans le camp européen, qui doit, maintenant, prendre ses responsabilités devant l’histoire.

Pierre BECKOUCHE

Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne


Conseiller scientifique à IPEMED



Source: http://www.lejmed.fr/Pr-Pierre-Beckouche-La-Tunisie.html

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